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RESTRUCTURATION DES
MARCHÉS ET NOUVEAUX SYSTÈMES DE GESTION ÉNERGÉTIQUE:
LE RÔLE DE LA RÉGIE DE LÉNERGIE
Notes pour une
allocution de
M. Richard Carrier,
Directeur, tarification et financement
Régie de lénergie
présentée dans le cadre de la
3e Journée d Étude de l Institut des sciences
de lenvironnement
" Un développement énergétique viable au temps de la mondialisation "
Université du Québec à Montréal
16 avril 1998
1.0 INTRODUCTION
Mesdames et messieurs,
Cest avec un grand plaisir
que jai accepté, au nom de la Régie de lénergie, votre
invitation de participer à cette 3e Journée dÉtude
tenue par lInstitut des Sciences de lEnvironnement.
La Régie de lénergie est un
nouvel organisme. Les attentes à son endroit sont très grandes.
Cest pourquoi il mapparaît important de vous présenter
aujourdhui le rôle que jouera cet organisme régulateur pour
faire face aux défis du nouveau marché de lénergie caractérisé,
dune part, par la libéralisation du commerce et lintégration
de plus en plus poussée des économies et, dautre part, par
la nécessité de mettre en place des modèles de développement énergétiques
viables à long terme et compatibles avec la protection de notre
environnement .
Tout dabord, je prendrai quelques
minutes pour faire le point sur lévolution récente de lindustrie
de lénergie en Amérique du Nord. Jaborderai ensuite
les enjeux reliés au phénomène de la mondialisation, notamment en
ce qui concerne la protection de lenvironnement et la réforme
de la réglementation. Je vous présenterai par la suite les pouvoirs
et fonctions de la Régie ainsi que ses responsabilités premières
en matière de plans de ressources, de tarification et de prise en
compte des implications dordre environnemental. Je vous présenterai
enfin les mesures concrètes prises par la Régie pour assumer ces
responsabilités.
2.0 LE CONTEXTE
Vous nêtes pas sans connaître
les grandes lignes des changements profonds qui sont survenus dans
le marché nord-américain au cours des dernières années, non seulement,
dans le domaine de lénergie, mais aussi dans plusieurs grands
secteurs économiques, comme le transport et les communications.
Aux États-Unis, la libéralisation
du marché du gaz naturel sest amorcée à la fin des années
1970. Elle sest terminée en 1993, par la libéralisation complète
des prix à la tête de puits. Dans le domaine du pétrole, le gouvernement
américain a commencé à déréglementer les prix à la fin des années
70. Pour ce qui est de lélectricité, louverture des
marchés de gros est, à toutes fins utiles, complétée depuis ladoption
des ordonnances 888 et 889 de la Federal Energy Regulatory Commission,
- la FERC, comme on lappelle communément.
Mais ce mouvement de libéralisation
nest pas le seul phénomène à bouleverser le marché de lénergie
aux États-Unis. Maintenant que toutes les formes dénergie
sont déréglementées, ou en voie de lêtre, on assiste de plus
en plus à une convergence entre elles, plus particulièrement entre
le gaz et lélectricité.
Il sagit dun phénomène
comparable à celui qui sest produit dans le domaine des télécommunications,
alors que les entreprises de téléphone, de câblodistribution, de
télévision et dinformatique ont commencé à fusionner certaines
de leurs activités pour offrir aux consommateurs un lieu unique
leur permettant davoir accès à une multitude de services.
Ainsi, ce mouvement de libéralisation a donné lieu, dans certains
cas, à des fusions et à des prises de participation entre des sociétés
délectricité, des entreprises gazières et pétrolières, dans
le but doffrir aux clients des services multiénergies répondant
à lensemble de leurs besoins.
Ces diverses étapes de la déréglementation
dans le domaine de lénergie aux Etats-Unis ont eu des répercussions
directes sur lindustrie au Canada.
Dans le cas du pétrole, depuis 1985,
le commerce canadien évolue selon les prix internationaux et la
vente des produits pétroliers se fait en général dans un marché
libre selon les prix dictés par les forces du marché.
Dans le secteur du gaz naturel, la
libéralisation de la production et du commerce sest produite
à partir de 1985 dans le cadre de lAccord de lOuest
conclu par les gouvernements fédéral et provinciaux. Cette déréglementation
a eu pour effet de faire baisser substantiellement le prix de la
marchandise. Elle a aussi permis au consommateur de choisir entre
une multitude de fournisseurs. Cependant, les activités de transport
et de distribution sont demeurées assujetties à la réglementation.
Pour des raisons économiques évidentes, on ne peut permettre ou
encourager le dédoublement de ces infrastructures sur un même territoire,
sans mettre en péril les gains defficience que peut procurer
loctroi de droits exclusifs.
Quant au secteur de lélectricité,
il subit lui aussi les effets de louverture des marchés. En
effet, pour avoir accès à limmense marché que représente le
commerce américain de lélectricité, les provinces canadiennes
doivent répondre à plusieurs conditions. Entre autres, les provinces
doivent offrir une certaine forme de réciprocité aux entreprises
américaines afin quelles bénéficient de conditions équivalentes
à celles dont souhaitent se prévaloir les entreprises canadiennes
aux États-Unis.
LAlberta et la Colombie-Britannique,
ont déjà pris des initiatives afin de profiter de ce nouveau marché
et le gouvernement ontarien a annoncé récemment, quil apportera
des modifications à sa législation dès 1998, pour permettre lémergence
dun véritable marché compétitif en lan 2000.
Du côté des instances fédérales,
un même mouvement douverture a été observé depuis 1995, alors
que lOffice national de lénergie a commencé à accorder
des permis dexportation délectricité à des compagnies
autres que des entreprises de services publics délectricité,
notamment, à des courtiers en électricité et en gaz naturel.
Ce mouvement en faveur de louverture
des marchés de gros de lélectricité devrait éventuellement
se traduire par loctroi de droits de transit délectricité
entre les provinces canadiennes. En effet, au cours des prochains
mois, le chapitre 12 de laccord sur le commerce intérieur
devrait être ratifié par les gouvernements fédéral et provinciaux
afin de permettre aux entreprises de services publics doffrir
un service non discriminatoire de transport délectricité vers
les autres provinces.
3.0 LA STRUCTURE DU MARCHÉ DE LÉNERGIE AU
QUÉBEC
Pour bien situer le contexte dans
lequel laction de la Régie devra sinscrire, il est utile,
dans un premier temps, de rappeler limportance du secteur
de lénergie dans léconomie québécoise.
Les formes dénergie réglementées
ou sous la surveillance de la Régie, soit lélectricité, le
gaz naturel et les produits pétroliers, totalisent 97 % de lensemble
de la consommation énergétique du Québec (électricité 41 %, gaz
naturel, 16 %, produits pétroliers 40 %). Elles ont représenté en
1996, un chiffre daffaires total de lordre de près de
16 milliards de dollars, dont 8 milliards pour lélectricité,
1 milliard pour le gaz naturel et 7 milliards pour les produits
pétroliers.
La part du secteur énergétique dans
le produit intérieur brut (PIB) du Québec sélevait à 4,5%
en 1995. Cette même année, les dépenses dimmobilisation représentaient
quelque 3 milliards de dollars, soit près de 13 % des investissements.
Les emplois dans les secteurs de lélectricité, du gaz naturel,
du pétrole et du charbon étaient de lordre de 45 000, dont
environ 23 300 pour lélectricité, 20 300 pour le pétrole et
1 400 pour le gaz naturel.
En effet, le marché énergétique a
atteint au Québec un certain stade de maturité et la composition
du bilan énergétique du Québec est demeurée relativement stable
au cours des dix dernières années. De plus, les spécialistes du
domaine ne prévoient quune croissance modérée de la demande
dénergie au cours des prochaines années, soit un taux annuel
daugmentation denviron 1,5 %.
Au delà de ces quelques chiffres,
il mapparaît important de vous présenter une brève description
de la structure de marché de chaque secteur énergétique.
Dans le secteur de lélectricité,
Hydro-Québec détient plus de 91% de la puissance installée qui sélevait
au 1er janvier 1997 à 40 400 MW. Le reste provient essentiellement
de producteurs privés (3 860 MW ou 8.5%), tel lAlcan.
La production totale disponible est
denviron 200 milliards de Kwh dont plus de 97% est dorigine
hydro-électrique. Enfin, Hydro-Québec distribue 97% de lélectricité
consommée, le reste étant lapanage des réseaux municipaux
(9 réseaux municipaux et une coopérative régionale délectricité).
Dans le secteur du gaz naturel, une
situation analogue peut être observée. Société en commandite Gaz
Métropolitain détient des droits exclusifs de distribution sur lensemble
du territoire québécois desservi à lexception de la région
outaouaise dont les droits appartiennent à Gazifère Inc. Gaz Métropolitain
distribue annuellement 221 Bcf de gaz comparativement à 7 Bcf pour
Gazifère.
Dans le secteur des produits pétroliers,
le nombre dessenceries au Québec sélève à environ 4
700. Ces dernières vendaient plus de 7 milliards de litres
de carburant (essence et diesel) dans un marché des plus concurrentiel.
Les distributeurs indépendants représentent environ 27% de ce marché
alors que les compagnies majeures telles Pétrolière Impériale Esso,
Shell Canada, Pétro-Canada, Ultramar Canada Inc. et Irving Oil Limitée
en accaparent 73%.
Enfin, mentionnons que le Québec
sest inscrit pleinement dans la tendance nord-américaine quant
au phénomène de la convergence. Les prises de participation dHydro-Québec
dans Noverco et de Gaz Metropolitain dans Trans Québec et Maritimes(TQM)
en sont quelques exemples qui nous concernent de plus près.
4.0 LES ENJEUX RELIÉS À LA MONDIALISATION ET À
LENVIRONNEMENT
Les changements que je viens dévoquer
ne sont quune des manifestations dun phénomène beaucoup
plus large et plus profond, soit louverture des économies
nationales et la mondialisation des échanges économiques.
L'accord du GATT, maintenant administré
par lOrganisation mondiale du commerce (OMC), lacte
unique européen et les accords de Maastrich et, enfin, lAccord
nord-américain de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis
et le Mexique (ALENA) illustrent bien la toile de fond qui sous-tend
lévolution de nos économies.
Ces accords visent tous à mettre
en place les conditions propices à assurer le développement et la
prospérité économique des pays signataires. Les principes généraux
de non discrimination et de réciprocité sont à la base de tous ces
accords et visent essentiellement à assurer une égalité effective
des possibilités de concurrence entre les produits et services semblables
quelle que soit leur origine. Bien évidemment, des exceptions à
cette règle peuvent être appliquées mais ces dernières doivent être
limitées aux cas de nécessité pour la réalisation dun objectif
national légitime. La réglementation des monopoles naturels en est
un exemple. Hormis les exceptions reconnues, la volonté des signataires
est de favoriser le libre jeu des forces du marché comme moyen daccroître
la richesse.
Laccroissement considérable
de lactivité économique qui a résulté de lévolution
des technologies et de la libéralisation des échanges comporte toutefois
des enjeux majeurs en termes de protection de lenvironnement.
Si au cours des phases initiales de développement, ces enjeux pouvaient
être traités convenablement par les pouvoirs publics nationaux,
de plus en plus la nature même des problèmes fait en sorte que les
actions correctrices doivent être prises sur le plan international.
Les accords de Rio en 1992 et ceux
plus récents de la conférence de Kyoto en décembre 1997 en sont
les manifestations les plus probantes. Ces accords ont mis en évidence
la nécessité pour lensemble des pays de mettre en place des
stratégies de développement axées sur le développement durable et
des systèmes de gestion énergétique viables à long terme.
Le plan Action 21 du sommet de Rio
et les récents accords de réduction des gaz à effet de serre inclus
dans le Protocole de Kyoto lient tous les pays et ces derniers doivent
mettre en place des plans daction et des mesures permettant
datteindre les objectifs fixés.
5.0 LA RÉGLEMENTATION ET LES FACTEURS
DE CHANGEMENT
Les pouvoirs publics recourent à
diverses formes de réglementation afin de concilier les intérêts
publics et privés sur les marchés. Lobjectif poursuivi est
alors de corriger les défaillances du marché.
Un premier type dintervention
concerne les industries présentant les caractéristiques de monopole
naturel. La science économique nous enseigne quen pareilles
circonstances, un producteur non réglementé aura intérêt à fixer
les prix de manière à maximiser son profit et ce, à un niveau plus
élevé que ce que produirait un marché pleinement concurrentiel.
Ce même producteur aura également la possibilité de restreindre
laccès aux services afin datteindre son objectif de
maximisation du profit.
La méthode traditionnelle de fixation
de tarifs basés sur le coût de service et de mise en place de conditions
daccès non discriminatoire aux services a été la voie privilégiée
par les pouvoirs publics en Amérique du Nord pour remédier à ce
problème. Ce type dapproche comprend généralement létablissement
dun taux de rendement raisonnable sur lavoir de lactionnaire
et loctroi de droits exclusifs.
Au Québec, le premier organisme québécois
chargé de surveiller et de contrôler la production, la distribution
et la vente de lélectricité au Québec a été créé en 1935.
Pareille réglementation dans le domaine du gaz naturel remonte à
1940. Bien que la juridiction sur Hydro-Québec ait été retirée en
1963 dans le cadre de la nationalisation de lélectricité,
la réglementation des tarifs de gaz naturel sest poursuivie
quant à elle de façon ininterrompue, notamment par la Régie du gaz
naturel entre 1988 et juin 1997.
Une seconde forme de défaillance
des marchés reconnue de longue date est la difficulté de ces mêmes
marchés dinternaliser les effets négatifs sur lenvironnement
qui découlent de lactivité économique elle-même. Les principaux
modes dintervention à ce chapitre peuvent être regroupés selon
lOCDE en trois grandes catégories, soit les mesures contraignantes
qui affectent directement les comportements comme les lois et les
règlements, les instruments économiques dordre incitatif comme
les taxes, les redevances, les aides et subventions, les tarifs
verts et les autres mécanismes de marchés et, enfin, les autres
types dinstruments comportant souvent une composante facultative,
tels les systèmes de gestion environnementale et les procédures
daudit denvironnement.
Plusieurs facteurs ont contribué
récemment à remettre en cause les formes traditionnelles de la réglementation:
- Laugmentation des échanges commerciaux et
la nécessité dharmoniser les pratiques réglementaires et
de les adapter au nouveau contexte douverture des marchés;
- La globalisation des répercussions environnementales
de lactivité économique;
- Les développements technologiques, notamment en
matière de production délectricité et le développement des
nouvelles filières telles léolienne, le solaire,
;
- Les développements institutionnels et réglementaires
qui ont permis la mise en place de mécanismes prévoyant un accès
non discriminatoire aux infrastructures et le développement de
marchés " spot " ou de marchés à terme pour
les produits de base que sont le gaz naturel et lélectricité.
La tendance générale telle quobservée
par lOCDE a été de progresser à la fois vers une certaine
forme de déréglementation et une réglementation de meilleure qualité.
En règle générale, des stratégies de déréglementation ont été appliquées
aux réglementations à caractère économique (ex: certains segments
des monopoles) tandis que divers moyens daméliorer la qualité
et de réduire les charges imposées sont utilisées pour les réglementations
sociales et administratives.
6.0 LA LOI SUR LA RÉGIE DE LÉNERGIE
6.1 La création de la Régie
Quatre grandes étapes ont conduit
à la mise sur pied de la Régie de lénergie. Rappelons-les
brièvement.
La création de la Régie de lénergie
découle dabord de lune des principales recommandations
contenues dans le rapport de la Table de consultation du débat public
sur lénergie présenté au ministre des Ressources naturelles
en mars 1996. La tenue de ce vaste débat public aura permis à tous
les intervenants du marché et à tous les intervenants sociaux de
présenter leurs points de vue sur lavenir de ce secteur. Lensemble
des recommandations de ce rapport a représenté, tous en conviennent,
un apport considérable dans la réflexion quavait décidé dentreprendre
le gouvernement du Québec.
Le deuxième jalon important réfère
à ladoption par le gouvernement de la nouvelle politique énergétique
intitulée " Lénergie au service du Québec, une perspective
de développement durable ". Adoptée à lautomne 1996,
cette politique définit les grandes orientations et pistes daction
retenues par le gouvernement dans le domaine de lénergie.
Le troisième jalon aura été ladoption
par lAssemblée nationale le 23 décembre 1996 du projet de
loi no 50 intitulé " Loi sur la Régie de lénergie ".
Enfin, le quatrième jalon a consisté
en la nomination par le Conseil des ministres des membres de cette
nouvelle Régie et à la mise en vigueur progressive de la Loi le
2 juin 1997.
6.2 Le mandat de la Régie
Le mandat principal de la Régie de
lénergie est défini très clairement à larticle 5 de
la Loi:
" 5. Dans lexercice
de ses fonctions, la Régie favorise la satisfaction des besoins
énergétiques dans une perspective de développement durable. À
cette fin, elle tient compte des préoccupations économiques, sociales
et environnementales ainsi que de léquité au plan individuel
comme au plan collectif. Elle assure également la conciliation
entre lintérêt public, la protection des consommateurs et
un traitement équitable des distributeurs. "
Cette définition est large. Elle
décrit à la fois la finalité des actions de la Régie, soit la satisfaction
des besoins énergétiques dans une perspective de développement durable,
et les balises de son action, soit la conciliation entre lintérêt
public, celui des consommateurs et le traitement équitable des distributeurs.
La Loi de la Régie est, en un certain
sens, avant-gardiste par le fait dinscrire la notion de développement
durable au cur même du mandat qui est confié à cette dernière.
De plus, les préoccupations dordre social ou environnemental
sont traitées sur le même pied que les préoccupations dordre
économique, ce qui na pas nécessairement toujours été le cas
dans le passé.
Voyons maintenant plus en détail
les fonctions et pouvoirs de la Régie.
6.3 Les fonctions et pouvoirs de la Régie
Pour bien comprendre le rôle que
sera appelée à exercer la Régie, il est utile de prendre quelques
minutes pour identifier plus précisément ses pouvoirs généraux.
En matière délectricité et
de gaz naturel, la Régie a compétence exclusive (article 31) pour:
- fixer ou modifier les tarifs et les conditions
auxquels lélectricité est transportée ou fournie par Hydro-Québec
ou ceux auxquels le gaz naturel est transporté, livré ou fourni
par un distributeur de gaz naturel ou emmagasiné;
- surveiller les opérations dHydro-Québec
ou des distributeurs de gaz naturel afin de sassurer que
les consommateurs aient des approvisionnements suffisants et paient
selon un juste tarif;
- approuver le plan de ressources dHydro-Québec
et de tout distributeur de gaz naturel;
- examiner toute plainte dun consommateur
sur lapplication dun tarif et autres conditions afférentes;
Selon larticle 32, la Régie
peut également de sa propre initiative ou à la demande dune
personne intéressée:
- déterminer le taux de rendement dHydro-Québec
ou dun distributeur de gaz naturel;
- déterminer la méthode dallocation du coût
de service applicable à Hydro-Québec ou à un distributeur de gaz
naturel;
- énoncer des principes généraux pour la détermination
et lapplication des tarifs quelle fixe;
- énoncer des principes généraux encadrant les transactions
délectricité dHydro-Québec ou les transactions de
gaz naturel dun distributeur de gaz naturel.
Comme autres pouvoirs prévus à la
Loi, la Régie donne son avis au ministre sur toute question quil
lui soumet en matière énergétique ou, de sa propre initiative, sur
toute question qui relève de sa compétence (article 47).
La Régie peut faire les enquêtes
nécessaires à lexercice de ses fonctions (article 35) et,
à ces fins, les régisseurs sont investis des pouvoirs et de limmunité
des commissaires nommés en vertu de la Loi sur les commissions denquête
(L.R.Q., chapitre C-37).
La Régie est également dotée dun
pouvoir de surveillance des prix de la vapeur et des produits pétroliers
en vertu duquel la Régie pourra donner, de sa propre initiative
ou à la demande du ministre, des avis au gouvernement ou au ministre
concernant les prix de la vapeur ou des produits pétroliers (articles
55 à 59 inclusivement).
De plus, au niveau des produits pétroliers,
la loi accorde à la Régie un pouvoir de surveillance et un pouvoir
de fixation des marges dexploitation des détaillants dessence.
Cependant, il faut noter que la Régie doit également apprécier lopportunité
de retirer ou dinclure ledit montant dans les coûts que doit
supporter un détaillant.
Je vous exposerai maintenant comment
ces fonctions et pouvoirs seront exercés par la Régie et quels sont
les liens et enjeux avec les activités qui vous intéressent plus
particulièrement.
7.0 LES MODALITÉS DAPPLICATION
DE LA LOI
Au-delà des objectifs généraux et
des pouvoirs confiés à la Régie, la Loi prévoit des modalités dapplication
spécifiques concernant lapprobation des plans de ressources
des distributeurs (article 72), la tarification (articles 48 et
s.), les conditions auxquelles un distributeur peut procéder à des
investissements aux fins daccroître des capacités de production,
de transport ou de distribution ou dexporter de lélectricité
hors Québec (article 73) et enfin lapprobation des contrats
dachat ou déchange délectricité et des programmes
commerciaux des distributeurs (article 74).
Les sujets couverts sont nombreux
et les enjeux importants pour tous les intervenants du secteur,
y compris évidemment pour tous ceux intéressés au développement
du marché de lénergie dans une perspective de développement
durable.
7.1 Lapprobation des plans
de ressources
Jaborderai maintenant le rôle
de la Régie en référant, premièrement, à lobligation des distributeurs
prévue à larticle 72 de soumettre à la Régie, pour approbation,
un plan de ressources:
" 72. Hydro-Québec
ou un distributeur de gaz nature doit soumettre
à la Régie pour approbation, suivant la forme, la teneur et
la
périodicité fixées par règlement de la Régie, un plan de ressources
proposant des stratégies pour réaliser léquilibre entre
loffre et la
demande de lénergie quil distribue par des moyens
agissant tant
sur loffre que sur la demande, en tenant compte des préoccupations
économiques, sociales et environnementales ainsi que des risques
découlant des choix des sources dapprovisionnement qui
lui sont propres. "
Cet article est important en ce quil
traduit la volonté du législateur de mettre en application le concept
de satisfaction des besoins dans une perspective de développement
durable.
Selon cet article, les distributeurs
devront déposer un plan de ressources comportant des moyens agissant
tant sur loffre que sur la demande afin de réaliser léquilibre
dans leurs marchés respectifs.
Il est aussi précisé que ces plans
de ressources devront suivre la forme, la teneur et la périodicité
fixées par règlement de la Régie.
Enfin, le distributeur devra également
tenir compte des préoccupations économiques, sociales et environnementales
ainsi que des risques découlant des choix des sources dapprovisionnement
qui lui sont propres.
En clair, larticle 72 établit
le fondement de la démarche que devra retenir la Régie, démarche
qui sinspire de lapproche de la planification intégrée
des ressources. Cette démarche, qui avait fait consensus lors du
débat public sur lénergie et qui est inscrite dans la politique
énergétique du gouvernement, sappliquera autant aux distributeurs
délectricité que de gaz naturel, et tiendra compte des moyens
agissant tant sur loffre que sur la demande.
Lune des difficultés sera dadapter
les concepts usuels de la PIR qui était traditionnellement appliquée
à des entreprises intégrées et réglementées au nouveau contexte
énergétique. Quelle que soit la solution qui sera retenue au Québec
en matière de réglementation de la production, lenvironnement
dans lequel devra opérer Hydro-Québec en sera un profondément modifié
et les mesures qui lui seront applicables devront tenir compte de
cet état de fait.
Lintroduction de la concurrence
au niveau de la production telle quelle peut être observée
dans diverses juridictions en Amérique du Nord ne signifie cependant
pas que toute possibilité dimplanter la PIR soit exclue. A
titre dexemple, un rapport préparé pour la National Association
of Regulatory Utilities Commissioners (NARUC) mentionne la possibilité
dappliquer le concept de planification intégrée au niveau
du distributeur en incluant dans le choix des options dapprovisionnement
les considérations afférentes aux composantes énergie et transport
(Distributed integrated resource planning).
Une autre façon de favoriser le développement
durable a été retenue dans le cadre du protocole de Kyoto soit les
systèmes de quote-part de ressources renouvelables à inclure dans
les portefeuilles de ressources et les systèmes de droits échangeables
qui leur sont associés. Ladministration fédérale américaine
en a dailleurs fait un élément central de sa récente politique.
7.2 La tarification
Les modes de fixation des tarifs
pour les activités réglementées des distributeurs suivront pour
leur part les exigences traditionnelles en matière de régulation
économique et financière telles que spécifiées à larticle
49 de la loi, soit létablissement dune base de tarification,
du montant global de dépenses nécessaires pour assumer le coût de
la prestation du service, dun taux de rendement raisonnable
sur la base de tarification, etc.
Larticle 49, 10o
stipule cependant que la Régie devra, tout comme dans le cadre des
plans de ressources, tenir compte des préoccupations économiques,
sociales et environnementales que pourra lui indiquer le gouvernement
et que la Régie peut fixer un tarif afin de financer les économies
dénergie non rentables pour le distributeur mais rentables
pour un consommateur ou une catégorie de consommateurs.
La Régie peut également utiliser
toute autre méthode quelle estime appropriée. Cette disposition
a déjà été utilisée par la Régie du gaz naturel pour fixer, notamment,
les tarifs dentreposage de gaz sur la base dun coût
évité.
Il mest évidemment difficile
délaborer très à fond sur les modalités qui pourraient être
retenues par la Régie pour résoudre certaines des questions qui
seront soulevées par les différents conférenciers au cours du présent
colloque. Cependant, le cadre même de la loi est suffisamment souple
pour que puissent être traités de façon efficace les enjeux relatifs,
par exemple, au tarif de transport. Les expériences des juridictions
voisines démontrent que cette question se situe au cur même
des approches dintroduction de la concurrence sur le marché
de lélectricité.
Il en est de même en ce qui regarde
les tarifs qui seront appliqués à la consommation finale, comme
par exemple les tarifs de pointe, les tarifs de puissance interruptible
et la tarification en temps réel. La conception ou la mise en place
de tels tarifs a une incidence directe sur les signaux de prix qui
sont donnés aux clients et aux possibilités de choix qui leur sont
offertes. Ils constituent de plus un des fondements de toute approche
cohérente en matière defficacité énergétique et des approches
de gestion de la demande.
Par ailleurs, il est utile de souligner
que la fixation des tarifs sur la base du coût de service ne constitue
pas en elle-même un frein ou une contrainte insurmontable à légard
des structures des tarifs pouvant être implantées. Elle vise plutôt
à contrôler la rémunération du capital à un niveau qui soit raisonnable,
corrigeant ainsi lune des principales défaillances attribuées
au situations de monopole.
Cette même approche comporte cependant
un effet non désirable en ce quelle ne contient pas suffisamment
dincitatifs pour les entreprises réglementées à adopter des
processus daffaires efficients. Au cours des récentes années
diverses approches de rémunération incitatives on été développées
et mises en place afin damener les entreprises réglementées
à améliorer leur performance. La loi prévoit que la Régie devra
faire lexamen de telles mesures dans le cas des distributeurs
soumis à sa juridiction (article 49, 4o).
7.3 Les critères dautorisation de projets
et lapprobation des contrats dexportation
Comme vous pourrez le noter à la
lecture de la Loi, lexigence de tenir compte des préoccupations
économiques, sociales et environnementales du gouvernement est également
présente à larticle 73 concernant les modalités ou les critères
dautorisation des projets dinvestissements des distributeurs(article
73, 1°) ou dexportation délectricité hors Québec (article
73, 6o).
7.4 Les responsabilités de la
Régie, du BAPE et de lAgence defficacité énergétique
Les pouvoirs de la Régie en matière
denvironnement ne doivent cependant pas être confondus avec
ceux dautres organismes, comme le BAPE ou lAgence de
lefficacité énergétique ou avec ceux de tout autre organisme
public.
La loi de la Régie ne lui confère
pas de pouvoirs particuliers en matière de fixation de règles ou
normes environnementales. La loi prévoit plutôt que la Régie devra
sassurer, le cas échéant, que ses décisions tiennent compte
des exigences des autres organismes publics, notamment en ce qui
concerne ces mêmes normes environnementales, lorsquelle donnera
son autorisation à la réalisation projets dimmobilisations.
En contre-partie, lorsque la Régie aura approuvé des installations
dans le cadre du plan de ressources dune entreprise, le BAPE
naura pas à requestionner la justification économique et énergétique
de ces projets.
Il en est de même en ce qui concerne
les mandats confiés à lAgence defficacité énergétique.
Cette dernière pourra conseiller la Régie sur les moyens à mettre
en uvre pour maximiser le potentiel déconomies réalisables
sur les plans technique et économique.
Les pouvoirs de la Régie de même
que ceux des autres organismes ne pourront évidemment être exercés
en vase clos. De plus en plus, les effets de la globalisation des
marchés, notamment en matière denvironnement, exigent des
solutions à léchelle des continents, voire à léchelle
de la planète toute entière. Heureusement, les institutions nécessaires
sont maintenant en place. On na quà penser à lOrganisation
des nations unies, à la Commission de coopération environnementale
(CCE) de lALÉNA, aux différents ministères fédéral et provinciaux,
sans oublier les organismes locaux ou communautaires impliqués.
8.0 LE FONCTIONNEMENT DE LA RÉGIE
DE LÉNERGIE
Ceci mamène à vous décrire
brièvement le fonctionnement de la Régie. Bien que dans le domaine
du gaz naturel, le mode de fonctionnement par audiences publiques
soit bien connu, il sagit pour le domaine de lélectricité
dun changement dimportance par rapport au mode antérieur
de fixation des tarifs par le gouvernement à la suite de commissions
parlementaires.
A cet égard, lun des avantages
majeurs du nouveau régime réglementaire mis en place sera la possibilité
de rechercher des solutions originales en faisant appel à la contribution
de tous, y incluant celle des meilleurs experts dans le domaine.
Cette caractéristique fondamentale jumelée à un processus décisionnel
empreint de rigueur et de transparence explique en bonne partie
lessor et limportance considérable qua pris la
science de la régulation économique et financière en Amérique du
Nord ainsi que les transformations structurelles majeures auxquelles
nous assistons aujourdhui.
8.1 Organisation de la Régie
La Régie de lénergie est un
organisme de régulation économique quasi judiciaire, dont les décisions
sont sans appel. En vertu des règles de justice naturelle, la Régie
étudie la preuve qui est soumise devant elle et rend des décisions
écrites et motivées.
8.2 Le financement
Le financement de la Régie sera assuré
par la perception dune redevance annuelle auprès des distributeurs
assujettis, ce qui représente une garantie additionnelle de son
autonomie et de son indépendance. La Régie tiendra des comptes distincts
pour chaque distributeur, les modalités de perception des redevances
étant fonction des services rendus à la clientèle concernée et du
principe de lutilisateur-payeur.
8.3 Les règles de procédure
Dans son fonctionnement, la Régie
fait appel à des approches rigoureuses et transparentes. Elle favorise
la participation des intervenants concernés lors de la tenue daudiences
publiques, dans le but dassurer un examen approprié des questions
soumises à son attention.
La Régie, par ailleurs, a adopté
des règles de procédure, qui encadrent ses actions et qui assurent
lefficacité, léquité et la transparence du processus
réglementaire. Tous les intervenants ont eu lopportunité de
formuler leurs commentaires à cet égard.
La Régie entend déployer tous les
efforts nécessaires pour assouplir et alléger le processus réglementaire,
par exemple en simplifiant les procédures et les mécanismes de détermination
du taux de rendement et de fixation des tarifs. Elle encouragera
également la consultation et la concertation entre les parties,
les rencontres préparatoires et les règlements négociés, afin de
réduire autant que possible le coût de la réglementation.
8.4 Les modalités de remboursement
des frais dintervenant
La Loi prévoit, à larticle
36, que la Régie peut ordonner à un distributeur de payer tout ou
partie des dépenses relatives aux questions qui lui sont soumises
ainsi que les frais dexperts et autres frais des personnes
dont elle aura jugé la participation utile à ses délibérations.
La Régie peut aussi prévoir que de tels frais soient payés à des
groupes de personnes réunis pour participer aux audiences.
8.5 Neutralité et transparence
La Régie bénéficie, de par sa loi
constitutive et son mode de fonctionnement, dune indépendance
garantissant sa crédibilité. Il sagit dune condition
fondamentale pour que son autorité soit réelle et pour que ses décisions
soient respectées par les divers intervenants concernés, tant au
Québec quà lextérieur. Cette indépendance contribuera
à maintenir la confiance des investisseurs et des institutions financières
qui participent au financement des distributeurs. La FERC sest
dailleurs appuyée sur la compétence et lindépendance
de la Régie de lénergie pour octroyer à Hydro-Québec un permis
de négociant en gros aux États-Unis.
8.6 La prise en compte des besoins des clientèles
Afin de servir efficacement les diverses clientèles
qui participeront aux audiences, la Régie a entrepris, sur le plan
administratif, une série de rencontres avec les différents groupes
intéressés, dont les représentants des associations de consommateurs
et des regroupements environnementaux. La Régie vise par cette approche
à sassurer que les besoins et attentes de ces groupes sont
pris en compte.
9.0 LES ACTIONS DE LA RÉGIE ET LES PRÉOCCUPATIONS
ENVIRONNEMENTALES
9.1 Le débat sur louverture
des marchés et la restructuration du marché de lélectricité
au Québec
La restructuration du marché nord-américain
de lélectricité constitue lun des changements majeurs
auxquels tous les intervenants du secteur énergétique sont confrontés.
Dans le cas du gaz naturel, les clients
ont accès depuis environ 10 ans au fournisseur de leur choix. Les
prix de la marchandise gaz fluctuent de façon libre selon létat
de loffre et de la demande sur le marché alors quavant
1985, ces prix étaient strictement réglementés. Les prix réglementés
de fourniture aux clients de gaz de réseau sont eux aussi établis
strictement à partir dinformations fournies par le marché
ou de contrats à terme de type swap conclus précédemment par le
distributeur.
Au Québec, les conditions dun
accès non discriminatoire des clients aux infrastructures de transport
de gaz naturel ou aux contrats détenus à ces fins par le distributeur
ont été examinées et décidées par la Régie (D-98-05). Cette décision
permettra à plus ou moins brève échéance de compléter le processus
de dégroupement des services (unbundling) et doffrir aux clients
une gamme de choix plus étendue. Cest déjà chose faite chez
nos voisins de lOntario de même que dans certains états américains.
Dans le secteur de lélectricité,
pareil mouvement vers louverture des marchés a été plus tardif.
Les récentes décisions de la FERC,
soit les décisions 888 et 889, sont venues établir les bases selon
lesquelles les marchés américains de lénergie devront opérer.
Ces bases comprennent, entre autres, laccès libre et non discriminatoire
aux infrastructures de transport par les différents producteurs.
Au Québec, le gouvernement a déjà
autorisé un tarif de transit dHydro-Québec permettant aux
producteurs dici de transiger sur les marchés américains et
à ces derniers davoir accès aux marchés québécois du gros
(wholesale market), soit essentiellement celui des municipalités
représentant environ 3% du marché total.
Lexamen des modalités détablissement
des tarifs de fourniture délectricité est, depuis le 11 février
dernier, sous étude devant la Régie. La Loi prévoit à cet égard
que la Régie doit, sur proposition dHydro-Québec:
" 167. ...dans les
six mois de lentrée en vigueur du présent article,
donner son avis au gouvernement sur les modalités détablissement
et dimplantation des tarifs de fourniture délectricité
pour un
consommateur ou une catégorie de consommateurs visés à larticle
52. "
Comment sera établi le prix de la
composante production délectricité, quels seront les mécanismes
qui régiront lévolution de ce prix, comment seront répercutées
les conséquences financières découlant de ces nouveaux mécanismes
dans les tarifs de fourniture chargés aux consommateurs, voilà certes
quelques unes des questions qui devront être examinées avec soin
par la Régie.
La question que tous se posent est
évidemment la suivante: Lensemble de ces nouvelles modalités
de fonctionnement des marchés pourront-elles être conciliées avec
la satisfaction des besoins des consommateurs dans une perspective
de développement durable?
À cet égard, les initiatives proposées
remettront-elles en cause les avantages concurrentiels des entreprises
québécoises, permettront-elles de préserver les acquis en matière
de protection de lenvironnement et seront-elles compatibles
avec la réalisation du potentiel defficacité énergétique rentable
pour la société ou le développement des filières énergétiques ayant
un fort contenu en capital, telles les énergies renouvelables. Encore
une fois, cest seulement à la suite de la tenue des audiences
publiques qui permettront dentendre les positions de tous
les intervenants, y incluant les vôtres, que la Régie pourra donner
dici le 11 août 1998 son avis au gouvernement sur les modalités
et mécanismes à mettre en place.
9.2 Lenquête sur lénergie
éolienne
En ce qui concerne lénergie
éolienne, comme vous le savez probablement déjà, la politique énergétique
mentionne quune " quote-part " pourrait
lui être réservée dans le cadre du plan de ressources dHydro-Québec.
Divers programmes de tarification verte " green pricing
programs " sont appliqués par certaines compagnies
nord-américaines. Plusieurs états américains, comme autre exemple,
ont mis en place le concept de " net billing "
en vertu duquel le consommateur qui détient une éolienne de faible
capacité peut avoir accès au réseau du distributeur pour fins de
revente de lénergie produite mais non utilisée.
La Régie, à la demande du ministre
dÉtat des Ressources naturelles, tiendra au cours du printemps
1998 des audiences publiques afin de déterminer le prix et la quote-part
que lénergie éolienne devrait représenter dans le portefeuille
de ressources dHydro-Québec. La Régie prévoit donner son avis
au gouvernement sur cette question au début de lété 1998.
9.3 Création dun groupe
de travail sur le plan de ressources
La Régie a récemment mis sur pied
un groupe de travail réunissant tous les intervenants directement
concernés par le sujet des plans de ressources des distributeurs
afin de lui faire rapport sur les modalités possibles délaboration
et dimplantation des plans de ressources au Québec. Par la
suite, le groupe de travail aura à aborder les modalités dapplication
du concept de planification intégrée dans le contexte propre au
Québec. Ce groupe de travail sera dirigé par le Dr. Joseph Doucet,
professeur de lUniversité Laval et directeur du Groupe de
recherche en économie de lénergie (GREEN). Un rapport synthèse
est prévu être déposé à la Régie à la fin daoût 1998. Par
la suite, les modalités détablissement des plans de ressources
devront faire lobjet dun règlement de la Régie.
9.4 Tarifs des distributeurs et
des transporteurs
Suite à la mise en vigueur des articles
48 et 49 (tarification) le 2 mai prochain, la Régie projette amorcer
les travaux détablissement des principes réglementaires nécessaires
à la tarification de lélectricité. Elle pourra ensuite entamer
les travaux relatifs à la détermination des tarifs de transport
et de distribution.
Dans le secteur du gaz naturel, la
Régie entamera au début de mai 1998 lexamen de la requête
tarifaire de Gaz Métropolitain, laquelle devrait comprendre des
propositions de mesures de réglementation incitative et de tarification
des services éclatés. Ces nouveaux services doivent entrer en vigueur
en novembre 1998 et constitueront une étape de plus dans la restructuration
des activités et lintroduction de la concurrence dans certains
segments du marché.
Dans le cas de Gazifère Inc., il
est prévu de réviser les méthodes dallocation du coût de service
de ce distributeur et lintroduction de mesures de réglementation
incitatives.
10.0 CONCLUSION : RÉGLEMENTATION, CONCURRENCE
ET ENVIRONNEMENT
Au moment où lon parle de la
libéralisation des marchés et de déréglementation, la création de
la Régie de lénergie peut sembler " a priori " à
contre-courant. Il faut cependant rappeler quen créant la
Régie de lénergie, le gouvernement du Québec visait divers
objectifs :
- Assurer la satisfaction des besoins énergétiques
dans une perspective de développement durable;
- intégrer les effets économiques, sociaux et environnementaux
dans la prise de décision;
- adopter au niveau de la fixation des tarifs délectricité
un processus décisionnel transparent, équitable, indépendant et
impartial où la participation de multiples intervenants de différents
milieux de la société contribuera à atteindre la protection des
intérêts de tous dans la recherche de lintérêt public;
- accorder un traitement tarifaire uniforme et équitable
aux compagnies distributrices de gaz naturel et délectricité
.
La Régie réglementera les situations
de monopole naturel, telles le transport et la distribution dénergie
et les situations où il ny a pas dalternative viable
de marché. La Régie visera aussi à favoriser le libre jeu de ces
mêmes forces du marché et le recours à des mesures de type incitatif
là où de telles approches permettent de concilier lintérêt
public, lintérêt des consommateurs et lintérêt des distributeurs.
La Régie de lénergie visera
à assumer ses fonctions de façon efficace et efficiente. Le processus
mis en place donne à tous les intervenants intéressés par le développement
durable une occasion unique de faire valoir leur point de vue afin
que le nouveau régime réglementaire soit bien adapté à leurs préoccupations.
En dernière analyse, ce sont les
consommateurs qui doivent décider des services qui conviennent à
leurs besoins. La Régie tout comme les autres organismes de régulation
économique ne peut que faciliter lexercice de ce choix en
sassurant que les signaux de prix appropriés leur soient transmis
et veiller à ce que les règles dune saine concurrence et les
impératifs reliés à la protection de lenvironnement et au
développement durable soient respectés dans le meilleur intérêt
des consommateurs, des distributeurs et du public en général.
Je vous remercie de votre attention.
ANNEXE
LE PLAN DACTION DE LA RÉGIE À COMPTER DU 11 FÉVRIER 1998
Suite au décret 1351-97, adopté le
15 octobre dernier, le premier alinéa de larticle 167 de la
loi est entré en vigueur, le 11 février . Selon les termes de cet
article, la Régie doit, dans les six mois à compter de cette date,
donner son avis au gouvernement sur la proposition dHydro-Québec
en ce qui regarde les modalités détablissement et dimplantation
des tarifs de fourniture délectricité.
La Régie tiendra des audiences publiques
au cours des prochains mois dans le but dentendre les différents
intervenants sur la proposition dHydro-Québec.
À la suite de ces audiences, la Régie
formulera des recommandations au gouvernement, notamment sur le
mode de réglementation le plus approprié des activités de production
dHydro-Québec. Le gouvernement devra alors décider si le secteur
de la production dHydro-Québec, auquel correspond des actifs
de lordre de 28 milliards $, sera réglementé selon
lapproche traditionnelle du coût de service ou selon une approche
de type prix plafond.
En ce qui concerne lénergie
éolienne, comme mentionné précédemment, la Régie tiendra au cours
du printemps 1998 des audiences publiques afin de déterminer le
prix et la quote-part que cette forme dénergie devrait représenter
dans le portefeuille de ressources dHydro-Québec. La Régie
donnera son avis au gouvernement sur cette question au début de
lété 1998.
Enfin, le groupe de travail dont
le mandat est de faire le point avec les principaux intervenants
du secteur énergétique sur les éléments que devrait contenir le
plan de ressources des distributeurs et sur les modalités dapplication
possibles de la planification intégrée des ressources (PIR) devra
produire son rapport dici lautomne 1998.
Enfin, la Régie tiendra, dici
juin, des audiences publiques afin détablir le montant des
coûts dexploitation que doit supporter un détaillant dessence.
À cet égard, il est important de
mentionner que le rôle de la Régie ne sera pas de réglementer le
marché de lessence mais plutôt de protéger lintérêt
de lensemble des consommateurs et des distributeurs en sassurant
que le libre jeu des forces du marché est à lavantage de tous.
Un détaillant se croyant victime de pratiques excessives et déraisonnables
de la part dun concurrent pourra intenter un recours devant
un tribunal civil. Le juge instruit dune telle demande devra
tenir compte de la décision de la Régie concernant les coûts dexploitation
nécessaires et raisonnables dune essencerie efficace.
La Régie a entamé des travaux sur
la procédure dexamen des plaintes des consommateurs concernant
lapplication dun tarif ou dune condition de transport,
de fourniture ou demmagasinage. À la fin du mois daoût,
elle a demandé aux distributeurs concernés de soumettre à la Régie
leur procédure de traitement des plaintes. Ces suggestions ont été
soumises à la Régie et un processus de consultation des intervenants
a été entrepris. La Régie prévoit que dès le début de la prochaine
année, les entreprises et la Régie auront mis en place une procédure
appropriée pour recevoir et traiter ces plaintes.
Pour sa part, depuis le 1er
mai 1997, le Québec sest conformé aux exigences de réciprocité
de la FERC en approuvant un tarif de transport et en ouvrant le
réseau de transport et le marché de gros dHydro-Québec aux
entreprises américaines. Pour respecter les nouvelles règles du
jeu de lindustrie nord-américaine et offrir à ses clients
de gros un service de transport non discriminatoire, Hydro-Québec
a séparé ses activités de transport de ses autres activités. Elle
la fait en créant une unité daffaires indépendante,
TransÉnergie, qui soccupe uniquement des fonctions de transport
de lentreprise. Enfin, Hydro-Québec Energy Services (U.S.),
une filiale à part entière dHydro-Québec, sest vue octroyer
une licence de fournisseur délectricité par la FERC le 12
novembre dernier, lui donnant ainsi le pouvoir de vendre de lélectricité
au prix des marchés américains.
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